Soudain, Callum m'a pris la main et a massé mon ventre. Je me suis tournée vers lui ; j'ai essayé de le repousser. Doucement mais fermement. Il ne s'est pas arrêté. Je n'arrivais plus à respirer. Mon coeur cognait dans ma poitrine.
-Qu'est-ce que tu fais ? ai-je murmuré.
-Tu as mal.
-Comme si ça t'importait!
-Oui, ça m'importe, a-t-il fini par chuchoter, après une pause.
-Alors laisse-moi partir. S'il te plaît.
- Je ne peux pas.
J'avais honte d'avoir demandé, j'ai essayé de tourner mon visage vers le mur, mais Callum m'en a empêchée. Il n'avait pas cessé de me frotter le ventre ; nous nous sommes regardés. Le silence nous encerclait comme une clôture de fil barbelé. Il n'y avait pas de fenêtre, l'extérieur n'existait plus. Le monde s'était réduit à cette pièce, si petite.
- Je t'aime, a dit Callum tout doucement.
-Alors laisse-moi part...
Callum a posé son index sur mes lèvres.
-Je t'aime, a-t-il répété. Je te l'ai déjà dit une fois, mais tu dormais. J'avais peur que tu m'entendes. Maintenant, je n'ai plus peur.
Callum m'aimait.
Mon coeur dansait la sarabande à m'en faire presque mal. Il y a quelques jours, ces mots m'auraient donné envie de m'envoler. Pas aujourd'hui.
- Tu ne m'aimes pas. Tu ne peux pas m'aimer. Tu m'as dit que tu ne croyais pas à l'amour.
- Si l'amour n'existait pas, je n'aurais pas eu l'impression que le monde s'écroulait quand je t'ai vue t'éloigner vers Chivers. Je suis venu, tu sais. Mais il était trop tard.
- Tu... tu es venu ?
Callum a eu un sourire triste.
- Je n'ai lu ta lettre que vingt minutes avant ton départ. J'ai couru, couru. Mais il était trop tard.
J'ai fermé les yeux pour empêcher mes larmes de couler mais elles ont coulé quand même. Elles ont roulé sur mes joues comme des gouttes de pluie sur une vitre. Si j'avais su que...
- Ne t'occupe plus de moi, ai-je demandé en m'essuyant les yeux. Va-t'en, s'il te plaît.
- Tu me détestes ? a voulu savoir Callum.
J'avais du mal à rassembler mes idées. Il était venu... il avait voulu être avec moi. Partir, fuir avec moi. Sa main continuait de caresser mon ventre mais je n'avais plus mal. La douleur avait été remplacée par un feu qui me chauffait doucement.
- Tu me détestes ? a insisté Callum.
J'ai secoué la tête.
- Un autre lieu, un autre moment... Peut-être toi et moi...
- Je me fiche d'un autre lieu ou d'un autre temps, m'a interrompue Callum. Moi, je suis ici et maintenant.
Il s'est penché et m'a embrassée. Je n'ai pas eu le temps de me dégager. Ses lèvres étaient sur les miennes et je ne voyais plus que son visage. Surtout ses yeux. Ses lèvres étaient douces. Encore plus douces que dans mon souvenir. J'y avais repensé si souvent. Et puis j'avais cessé et enterré mon rêve au plus profond de moi. Mais là, maintenant, Callum m'embrassait. Ses lèvres ont forcé les miennes à s'entrouvrir. Il n'avait pas besoin de me forcer. J'ai fermé les yeux.
Ce n'était pas réel.
Rien de tout ça n'était réel.
C'était interdit. Interdit par la loi.
C'était contre nature.
J'étais en train de rêver. Perdue dans le monde que je m'étais inventé et dans lequel il n'y avait ni Primas ni Nihils. Rien que Callum et moi. Les autres nous souriaient gentiment ou nous tournaient le dos. En tout cas, ils nous laissaient tranquilles. La main de Callum est remontée au niveau de ma taille, puis plus haut. Son baiser s'est fait plus profond.
- Callum...
- Chut... Je ne vais pas te faire mal. Je ne veux plus jamais te faire mal. Je t'aime, a murmuré Callum contre mes lèvres.
Son souffle était chaud et j'ai senti mon ventre frémir. Perdue, j'ai tenté de le repousser, mais il m'a embrassée encore et encore et je n'ai plus bougé. Je me suis collée contre lui, je l'ai enlacé, je lui ai rendu ses baisers. Mon désespoir était le sien, son désespoir était le mien. Comme si le seul rempart que nous avions trouvé contre le monde était notre amour. Et soudain, nous nous sommes enflammés. Combustion spontanée ; nous brûlions tous les deux.
- Je t'aime, a de nouveau murmuré Callum.
Mais je l'entendais à peine, mes oreilles bourdonnaient, ses mains étaient partout sur mon corps. Chacune de ses caresses m'enflammait un peu plus. Mes mains se promenaient sur son dos, ses fesses, ses jambes. Il s'est assis, en me gardant contre lui. Il m'a levé les bras pour m'enlever mon pull. J'ai déboutonné sa chemise. Il a dégrafé mon soutien-gorge, j'ai baissé la fermeture Éclair de son pantalon. Nous nous sommes désha¬billés l'un l'autre jusqu'à ce que nous soyons entièrement nus. Je tremblais. Pas de froid. Je n'avais jamais ressenti un tel mélange de peur et de joie. Nous nous sommes agenouillés sut le lit, face à face. Callum m'a regardée. Je ne savais pas avant cela à quel point un regard pouvait être physique. Callum m'a caressé les joues, puis sa main a touché mes lèvres et mon nez et mon front. J'ai fermé les yeux et je l'ai senti effleurer mes paupières. Puis ses lèvres ont pris le relais et ont à leur tour exploré mon visage. Il m'a allongée doucement et ses mains et ses lèvres sont parties à la découverte de mon corps. J'avais envie moi aussi de le toucher de la même manière. Nous allions faire durer ce moment. Le faire durer une éternité. Callum avait raison : nous étions ici et maintenant. C'était tout ce qui comptait. Je me suis laissée aller, prête à suivre Callum partout où il voudrait m'emmener. Au paradis. Ou en enfer .
Entre chien et loups - Malorie Blackman ♥